Niki de Saint Phalle met en place avec Jean Tinguely le dispositif des 12 actions-tirs qui se succèderont entre 1961 et 1963 dans l’impasse Ronsin à Paris. Elle fixe sur une vieille porte, un panneau de bois ou de contreplaqué, des objets selon une composition précise la couleur est libérée et les objets partiellement dégagés au moment du tir, geste subversif et iconoclaste. L’œuvre est au départ uniformément blanche, immaculée même, peinte et repeinte s’il le faut plusieurs fois. La disposition de poches de plastique dans la partie supérieure du tableau, enrobées de plâtre, emplies de peintures mais aussi de toutes sortes de produits alimentaires, spaghettis, œufs, riz, tomates, est la clef du processus de coulées multicolores qui donne sa cohésion à l’assemblage d’objets. Les objets eux-mêmes proviennent d’une récupération hétéroclite. On y trouve aussi bien des crocodiles naturalisés, des scorpions, que des casseroles, des couvercles de pots de peinture, des peignes ou des tubes de rouge à lèvres… Le relief est dressé contre la palissade de bois puis l’artiste munie d’une carabine ou d’un revolver tire sur le tableau, relayée par des amis, des amateurs ou des visiteurs.