La signature prestigieuse et les provenances diverses de ce meuble en font un élément remarquable du mobilier conservé dans les salons de la villa Masséna garnis avant la guerre de 1914 par le prince d’Essling (1836-1910), dont il provient. De forme ronde et recouvert d’un dessus en marbre blanc mouluré, ce guéridon est pourvu d’une riche ornementation en bronze doré à la ceinture, représentant en continu une scène antique de cavaliers. Il repose par l’intermédiaire de cinq sphinges ailées, sur une terrasse étoilée portant au centre un vase Médicis à pampres en bronze doré attribué à Pierre-Philippe Thomire (1751-1843). Le meuble renferme, sur le cadre de bois supportant le marbre, l’estampille de Jacob Frères, rue Meslée et une marque au fer avec le n couronné, suivie de l’abréviation tuil. Cette empreinte le désigne comme ayant fait partie du mobilier de Napoléon 1er au Palais des Tuileries. On y trouve également appliqué par une marque en creux la mention du château de Villeneuve l’Etang dans un cercle entourant un double blason avec les trois fleurs de lys et la couronne. L’appartenance du guéridon au mobilier des appartements privés de Napoléon situés au premier étage des Tuileries, bien que certifié par l’estampille, n’apparaît curieusement pas à l’inventaire de 1809-1810, qui donne l’état le plus réel de l’ameublement qui s’y trouve lors de son occupation par Napoléon1. La marque du château de Villeneuve-L’Etang fait référence quant à elle, à la résidence préférée de la duchesse d’Angoulême (1778-1851), située près de Saint-Cloud. Elle acquiert ce domaine du maréchal Soult en 1821, et le vend neuf ans plus tard, lors de son départ pour l’exil, au comte Decazes. Le guéridon a donc figuré dans l’ameublement du château entre 1821 et 1830. L’inventaire des meubles, joint à la vente du domaine de Villeneuve l’Etang au comte Decazes le 27 juillet 1831, ne semble pas faire état du guéridon, ce qui laisse supposer que la duchesse d’Angoulême le conserva ou qu’elle s’en fut séparée avant. Un lit estampillé Jacob Frères, aujourd’hui conservé au Metropolitan Museum (collection Wrightsman, inv. 1971. 206. 13), porte comme le guéridon, les marques des Tuileries et de Villeneuve l’Etang, mais ne figure pas non plus dans les appartements des Tuileries en 18162. Le guéridon exécuté lors de l’association des deux frères Jacob, c’est-à-dire entre 1796 et 1803, parvint par diverses mains dans l e a collection du prince d’Essling. Placé dans lsalon Directoire de la villa Masséna, il a conservé cette place jusqu’à aujourd’hui. Restauré en 2006 par l’atelier Anne-Cécile Viseux-Robert avec le soutien de la Stavros Niarchos Foundation.